Votre chiot est arrivé ce week-end et la première nuit a été longue : des gémissements dès la lumière éteinte, des hurlements vers deux heures du matin. Vous aviez lu qu’il ne fallait pas céder, et vous avez veillé autant que lui. Ce qui se joue à trois heures du matin chez un chiot de huit semaines n’a pourtant rien à voir avec ce que le mot céder laisse entendre.

Pourquoi il appelle dans le noir

À huit semaines, un chiot vient de passer chaque nuit de sa vie collé à sa mère et à sa fratrie, dans une odeur connue et contre des corps chauds. Le soir de son arrivée, il se retrouve seul, dans le noir, dans une maison qui ne sent rien de familier. Il appelle. C’est le comportement d’un chiot en bonne santé, et un chiot qui ne dit rien du tout la première nuit serait plus étonnant que celui qui hurle.

Ce qu’il exprime n’est pas une demande d’attention au sens où on l’entend entre humains. C’est un réflexe : un chiot isolé qui ne crie pas ne se fait pas retrouver. Il ne teste pas votre autorité, il ne négocie rien, il n’a rien décidé pendant la journée. Cela change la manière d’entendre ce qui vient du panier à trois heures du matin.

Ce que produit vraiment le « laissez-le pleurer »

Le conseil circule toujours, et il confond deux chiots différents : celui qui réclame quelque chose qu’il a déjà obtenu par ce moyen, et celui qui a peur. À deux mois, c’est le second cas. Le laisser hurler une heure lui apprend une seule chose, que ses appels restent sans réponse.

Beaucoup finissent effectivement par se taire, et c’est ce silence qu’on prend pour un succès. Ce n’est pas du calme, c’est de l’épuisement, et il se paie plus tard : les chiots qui ont appris tôt que leurs appels ne servaient à rien sont souvent ceux qui supportent le plus mal la solitude quelques mois après.

L’excès inverse produit autre chose. Se lever à chaque plainte, allumer et jouer un peu pour le consoler fait de la nuit un moment où il se passe des choses intéressantes ; les pleurs deviennent alors un moyen, ce qu’ils n’étaient pas au départ. Ces deux attitudes apprennent chacune quelque chose au chiot, et ni l’une ni l’autre ce qu’on voulait lui apprendre. Entre les deux existe une situation dont il ne tire aucune de ces deux leçons : quelqu’un est là, et il ne se passe rien. À cet âge le sommeil se déclenche encore au contact, et il n’a aucun moyen de savoir que vous dormez derrière une cloison ; une pièce vide est un endroit où plus personne ne revient.

La chambre, la porte fermée, la cage : ce que le chiot en comprend

L’endroit où il dort compte moins pour son confort que pour la distance. Un chiot qui entend votre respiration se rendort plus vite, et on l’entend s’agiter avant qu’il n’ait fait sur le tapis. La buanderie ou le garage porte close produisent l’inverse : il pleure plus longtemps, et la nuit devient l’endroit de la maison où il se retrouve seul. Cette association s’installe en quelques nuits et se défait beaucoup plus lentement.

Votre lit pose un autre problème pour l’instant. Un chiot de deux mois tombe d’un lit, et personne ne l’entend descendre pour uriner sur le parquet. À la troisième nuit blanche il y monte parce que plus personne ne tient debout, et l’exception devient l’endroit où il sait qu’il dort. La question se posera autrement plus tard, quand ces deux raisons auront disparu.

La cage divise, et elle ne vaut que ce qu’on en fait. Une cage ouverte, où rien de désagréable ne se produit, finit chez beaucoup de chiots par devenir l’endroit où ils vont d’eux-mêmes se coucher. Employée comme un placard où on l’enferme quand il dérange, elle devient une punition, et ses pleurs cessent d’être des pleurs de solitude pour devenir des pleurs d’enfermement. Les deux se ressemblent à l’oreille et ne se règlent pas de la même façon. Un parc pliable pose les mêmes questions.

Ce qui est normal la première semaine, et ce qui ne l’est pas

Deux constats évitent de s’inquiéter à tort : beaucoup de chiots refusent leur gamelle le premier soir, et un chiot de cet âge dort la plus grande partie de la journée. Un chiot qui dort beaucoup n’est pas un chiot malade, c’est un chiot de deux mois.

En revanche, quelques signes sortent du cadre :

  • il saute encore le repas du matin après une nuit sans avoir mangé
  • il reste mou, ne réagit ni au jeu ni à votre voix
  • il vomit, ou sa diarrhée dure
  • il se blesse contre les barreaux de sa cage ou de son parc

Un chiot de cet âge, surtout de petit gabarit, supporte mal de rester longtemps à jeun : ses réserves sont minces et son taux de sucre peut chuter en quelques heures. Ces signes-là relèvent du vétérinaire dans la journée, avant toute question de nuit ou de panier.

Combien de temps durent les pleurs nocturnes

La première nuit compte en général deux ou trois réveils, un pour la vessie et un ou deux pour la solitude. Le sommeil se fait alors par tranches de deux heures, et cela n’a aucun rapport avec ce qui a été bien ou mal fait : à cette date, personne n’a encore rien fait. Une partie de ces réveils ne relève même pas de l’éducation : la vessie d’un chiot de deux mois ne tient pas huit heures, et cette contrainte disparaît d’elle-même à mesure qu’il grandit.

Deux choses se produisent ensuite en parallèle, et elles expliquent l’essentiel de ce qu’on observe. La vessie gagne en capacité, ce qui supprime une partie des réveils sans que personne y soit pour rien. Et les plaintes du coucher raccourcissent à mesure que le chiot sait comment la soirée se termine : une soirée prévisible se traverse mieux qu’une soirée dont il ignore la suite.

C’est aussi pourquoi un sevrage précoce, une maison bruyante ou des journées qui ne se ressemblent pas pesent sur ces nuits. Aucune des trois ne se rattrape le soir venu. La propreté de jour suit son propre calendrier, que je détaille dans l’article sur la propreté du chiot.

Le chien adopté adulte ne pleure pas pour la même raison

En refuge, le bruit est permanent : aboiements, portes, allées et venues à toute heure. Un chien qui en sort découvre le silence d’une maison comme une nouveauté inquiétante, pas comme un repos, et ses plaintes des premières nuits disent cela, non le regret du refuge. Les gémissements ponctuels durent souvent deux à trois semaines, sans qu’une nuit particulière marque de bascule.

S’il arpente la maison en journée ou abîme la porte quand vous partez, la nuit ne fait qu’en donner la version sonore. J’ai décrit ce que vivent les chiens de refuge pendant les trois premières semaines, et l’angoisse d’un chien qui ne supporte pas de rester seul se joue de jour, la nuit n’en étant que la part qui s’entend.

Quand la nuit n’est plus la vraie question

Des pleurs qui ne diminuent pas du tout passé trois semaines ne tiennent pas au panier. Un chiot qui pleure à trois heures a presque toujours une journée mal réglée : trop peu de siestes, une soirée qui l’a laissé en surchauffe, ou de longues heures seul alors qu’il vient d’arriver. Un chiot en dette de sommeil ne s’écroule pas le soir venu, il s’excite davantage. La nuit est l’endroit où le problème s’entend, rarement celui où il se fabrique.

Quatre éléments décident du reste et ne figurent nulle part dans la description qu’on me fait au téléphone : l’âge exact du chiot au sevrage, l’heure à laquelle il reste seul, ce qui a déjà été essayé les nuits précédentes, et ce que le chiot en a retenu. C’est par la journée que je commence, à Valbonne, par la récompense, parce que c’est là que se fabrique la nuit.