Vous sortez votre chien tous les jours autour de Valbonne ou sur la technopole, et certaines sorties se passent bien pendant que d’autres tournent au bras tendu. Le lieu y est souvent pour beaucoup, et davantage qu’on ne le croit : deux sentiers distants d’un kilomètre ne demandent pas la même chose au même chien.

Le terrain décide d’une bonne partie de la sortie

Un sentier étroit bordé de talus, où un VTT apparaît à trois mètres, ne laisse aucune marge à un chien qui a besoin de voir venir. Une piste large et droite lui donne le temps de repérer ce qui arrive, et vous laisse le temps de vous décaler. Même promenade, même chien, difficulté totalement différente.

Cette marge a un nom dans mon métier : c’est la distance à laquelle votre chien peut encore vous regarder au lieu de fixer ce qui approche. Elle dépend de son histoire, de sa fatigue du jour, de ce qu’il a croisé la veille. Un chien peut tenir à quinze mètres d’un vélo un mardi matin et ne plus rien entendre à trente mètres le samedi suivant.

Un lieu « recommandé pour les chiens » ne veut donc pas dire grand-chose : ce qui compte est ce que vous y voyez arriver, et à quelle distance.

Les grands espaces du secteur, et ce qu’ils demandent

Le parc de la Brague suit la rivière : de l’ombre, de l’eau une partie de l’année, des odeurs en quantité, et des sentiers qui se resserrent par endroits. Très bon terrain pour un chien qui renifle, terrain difficile pour un chien qui supporte mal les croisements, parce qu’on y voit rarement loin.

La Valmasque propose l’inverse par endroits : des pistes larges, partagées avec les vélos et les cavaliers, où l’on voit venir de loin. Les abords du plan d’eau sont d’un autre genre : c’est la partie la plus passante, et un chien qui réagit à ses congénères y en croise davantage en dix minutes qu’ailleurs en une heure. Ce qui change alors n’est pas le décor, c’est la fréquence. Un chien met de longues minutes à redescendre après une rencontre difficile ; quand la suivante arrive avant, il repart d’un niveau plus haut, et la troisième paraît disproportionnée. Le chien qui aboie en croisant ses congénères relève d’un travail à part, décrit dans cet article.

Le bois de Sophia et les sentiers des Bouillides sont pris dans la technopole : ils se remplissent de coureurs et de vélos au milieu de la journée et à la sortie des bureaux, puis se vident. Le même sentier ne vaut pas la même chose selon l’heure.

Le village enfin, ruelles étroites, terrasses et marché, est un excellent terrain pour un chien déjà à l’aise, et un très mauvais endroit pour commencer avec un chien qui se fige ou qui aboie.

La laisse est la règle ici, pas l’exception

Dans les espaces naturels du secteur comme en zone urbaine, la laisse est la règle. Le détail varie d’un site à l’autre et change avec les années : le panneau à l’entrée fait foi, et la mairie répond à défaut.

Une idée circule sur les sites de balade : on pourrait détacher son chien hors de la période de nidification du printemps. Elle mélange des textes qui ne parlent pas de la même chose, et elle ne dispense de rien là où le règlement impose la laisse douze mois sur douze.

Le ramassage relève de la même logique : sur un sentier où passent des chiens toute la journée, les déjections laissées au sol sont une voie de transmission parasitaire, et le premier concerné est le chien qui vient renifler là où un autre est passé la veille.

Ce qui peut blesser votre chien sur ces sentiers

Au printemps, les chenilles processionnaires descendent des pins en file et traversent les chemins. Un chien qui en touche une avec la truffe ou la langue peut perdre une partie de sa langue par nécrose, et cette nécrose se joue en heures, pas en jours : c’est une urgence vétérinaire. Le pin est l’essence dominante du secteur, ce qui rend ce risque diffus plutôt que limité à quelques sites.

L’été, la roche et le sol nu chauffent assez pour brûler des coussinets, et l’eau de la rivière n’est plus celle du printemps : à sec par endroits, stagnante ailleurs. Une eau verte et immobile a cessé de se renouveler, et ce qui s’y développe rend malade un chien qui en boit quelques gorgées.

Les massifs peuvent aussi fermer en été par risque d’incendie, et un accès être coupé après de fortes pluies : ces fermetures se décident au jour le jour.

Enfin, un chien qui refuse soudain d’avancer, qui boite, qui se raidit au lever ou qui ne saute plus dans la voiture ne fait pas un caprice de promenade : le vétérinaire passe avant l’éducateur.

Détacher son chien : ce qui manque n’est pas le lieu

On me demande souvent où lâcher son chien par ici. La question arrive à l’envers : un chien qui a besoin de courir libre a besoin d’un terrain clos, pas d’un sentier.

Reste la vraie question, qui est celle du chien. Deux conditions tiennent rarement en même temps : il revient quand vous l’appelez alors qu’un vélo passe, et il ne part pas derrière un lapin ou un coureur. Beaucoup de chiens remplissent la première et pas la seconde, et cela ne se voit pas pendant des mois : le rappel n’a jamais été confronté à ce qui les intéresse vraiment. Ce que ce niveau de rappel demande réellement, je l’ai détaillé dans l’article sur le rappel.

Avant même le rappel, il existe un signe qui se lit sur le sentier, et il ne se commande pas. Un chien libre à qui on ne demande rien surveille de lui-même la position de son humain : il jette des coups d’œil en arrière à intervalles réguliers, et il suit un changement de direction fait sans un mot. Ces vérifications spontanées en disent plus long qu’une série de rappels réussis dans un jardin, précisément parce que rien ne les a déclenchées : elles montrent ce que le chien fait quand personne ne lui demande rien, ce qu’aucun exercice ne peut révéler. Un chien qui ne les fait pas n’a pas un mauvais rappel, il a un rappel qui repose entièrement sur la voix de son propriétaire.

Trois situations très courantes travaillent dans le sens de la poursuite, et elles ont un point commun : chacune donne au chien une information exacte sur ce qui lui réussit. L’enrouleur sur un sentier étroit lui laisse prendre de l’élan avant le blocage, donc lui apprend que courir vers quelque chose fonctionne un moment. Un jardin sans lapin ni VTT lui apprend que le rappel est facile, ce qui est vrai dans le jardin. Et la gronderie au retour d’une poursuite lui apprend que revenir coûte cher, au moment précis où l’on voudrait le contraire.

Le chiot pas encore vacciné a plus à perdre en restant à la maison

Un chiot de deux ou trois mois apprend le monde à une vitesse qu’il n’aura plus jamais. Attendre la fin du protocole vaccinal pour lui montrer la rue lui coûte des semaines qui ne se rattrapent pas, et cela se paie sur un chien adulte que tout surprend.

Ce qui l’expose pendant cette période n’est pourtant pas la sortie : c’est le sol. Les maladies contre lesquelles il n’est pas encore couvert se transmettent par les urines et les déjections des autres chiens, pas par la vue d’un vélo, et cette distinction change entièrement le calcul. Un chiot qui ne pose pas les pattes là où des chiens inconnus sont passés voit pourtant un livreur, un enfant qui court, un scooter qui démarre. Les sols les plus chargés sont ceux où beaucoup de chiens se croisent et urinent : bords de rivière fréquentés, prairies autour des étangs, enclos canins.

Ce que le chiot encaisse a par ailleurs une limite qui se voit sur lui. Un chiot qui se fige n’enregistre déjà plus rien de ce qu’on lui montre, et celui qui s’endort dans les bras a terminé sa journée : dans les deux cas, ce qui suit ne compte plus, ni en bien ni en mal.

Ce qu’une séance sur ces terrains fait qu’une balade seul ne fait pas

Je reçois en extérieur, à Valbonne et à Sophia Antipolis, sur ces sentiers et pas chez vous : ce qui vous gêne se produit au croisement d’un vélo, et cela ne se reproduit pas dans un salon.

Trois choses se décident sur place et nulle part ailleurs : le terrain qui convient à ce chien-là, la distance à laquelle il tient encore ce jour précis, et ce que fait la main de son propriétaire pendant qu’il regarde le vélo arriver. Cette dernière est la plus décisive et la moins visible : personne ne se voit raccourcir la laisse une seconde avant le croisement, alors que le chien, lui, le sent, et il en conclut que le vélo annonce une gêne.

Le moment d’appeler quelqu’un est assez net : quand les semaines passent sans que la distance de réaction bouge, et quand vous ne sortez plus qu’aux heures où le sentier est vide.